Le regard de l’autre

Gueule d’amour

La guerre a laissé plusieurs milliers de « gueules cassées » dans les rangs français. C’est le destin de l’un de ces mutilés de la face que nous donnent à suivre Delphine Priet-Mahéo et Aurélien Ducoudray dans Gueule d’amour. Mi-homme mi-monstre de foire, il découvre avec une amertume croissante l’impossibilité de se réintégrer. Jusqu’à ce que sa route croise celle de Sembene, colosse africain démobilisé, et lui aussi objet de curiosité en France. Ensemble, ils vont s’inventer une nouvelle vie, faisant fi des regards compatissant, voyeurs ou dégoutés. Les cadrages sans concession montrent frontalement les visages mutilés. Toutefois la simplification du trait et les contrastes adoucis de la grisaille du dessin au critérium évitent au lecteur la confrontation avec des images trop agressives : il s’agit de placer le lecteur dans la posture du voyeur sans susciter de fascination morbide. C’est surtout le regard de l’autre qui est mis en scène ici, avec toute la variété des réactions face à l’horreur des visages mutilés : la peur et la méfiance, la curiosité coupable, l’aveuglement, le dégoût, la feinte compassion et enfin, heureusement, l’acceptation

 

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Gueule d’amour

Delphine Priet-Mahéo & Aurélien Ducoudray

La boite à bulles 2012

© Priet-Mahéo, Ducoudray, La boite à bulles 2011